29 août 2007
A 5 jour du début des cours de deuxième année je me dois de vous donner l'adresse de mon blog et d'oser enfin y mettre quelques trucs... On verra après au fur et à mesure ça s'améliorera promis.
Voila donc les déboires d'une jeune étudiante en médecine à la fac de Nantes...
Maintenant il reste plus à attendre qu'il m'arrive quelque chose!!
à ceux qui tombent plus ou moins par hasard par ici...
Voilà! encore un blog de plus sur la vie d'une anonyme, sur la toile déjà inondée de petites vies sans importance, qui cherchent à se persuhader qu'elles ont un interêt, tant pis... Celui là interessera peut être des étudiants en médecine ou futurs étudiants qui cherchent à savoir s'ils font le bon choix, des amis curieux, à qui je ne racconte pas tout, et qui sait, peut-être d'autres.
mon stage de cet été
voilà un petit récit du début de mon stage de première année de médecine
il ne sagit que du début, la suite sera pour bientôt, avec pleins d'annecdotes plutôt drôles.
Lundi 23 juillet 2007
9h00 Comme le prévoit les textes depuis quelques années, une fois le concours de première année en poche, celle-ci se conclut par un stage dit « d’initiation aux soins infirmiers ».
Celui-ci représente en effet le premier véritable contact entre le futur soignant que nous sommes et le vaste monde de l’hôpital. Milieu plus ou moins hostile. Tantôt morbide, tantôt vivant. Gigantesque, glacial et magique, lieu de phénomènes, de péripéties des plus ahurissantes. C’est le milieu dans lequel nous sommes maintenant condamnés à évoluer durant tout le reste de nos études voire même toute notre carrière. Alors autant commencer dés aujourd’hui à le comprendre, à le dompter, à l’apprivoiser.
Le choix du stage se fait au hasard. Lors de la remise des diplômes. Le service, la date et les horaires nous sont attribués : pour moi, ce sera le bloc des urgences à l’hôtel dieu de nuit. Du 23 juillet au 10 aout.
Le courrier que j’ai reçu dans le courant du mois de juin me convoque le jour J à 9h00. J’ai rendez vous avec la cadre de santé du service. (ancienne surveillante)
Plutôt prévoyante comme à mon habitude, je suis déjà venue quelques jours auparavant repérer les lieux mais sans trop de succès. On me dit seulement à l’accueil des urgences de me représenter au même endroit le jour J.
J’arrive donc tout de même en avance le lundi matin et me présente toute penaude, à la porte du bloc indiqué nonchalamment par l’infirmier d’accueil. Il faut sonner à un interphone, faire le 19 et attendre…rien. Je réessaie et une femme en tenue de bloc opératoire toute verte apparait devant les portes automatiques. Je fais un pas dans sa direction mais suis stopper net par son imposante silhouette.
Vu l’étonnement de la jeune femme et son air suspicieux, on ne s’attendait pas à ma visite. Celle-ci me dévisage et son air de plus en plus interrogateur me fait penser, l’instant d »une seconde « aie ou je suis tombée je sens que ça va pas être simple ». On m’avait bien prévenu que l’accueil pouvait être aussi blanc que noir. Que la réussite d’un stage dépendait énormément du bien vouloir de l’équipe et de la façon dont j’allais réussir à m’intégrer
Mais il s’agissait là de mon premier bain dans l’hôpital et je refusais que celui-ci se transforme en un véritable fiasco donc, -je garde le sourire, je reste calme et j’explique tranquillement la raison de ma présence.-
Premier round remporté ; la cadre n’est pas celle indiquée sur le courrier, l’administration n’a pas mis à jour les évolutions du personnel depuis au moins un an, apparemment la mienne est à la retraite depuis 8 mois et ici personne n’était avertit que j’arrivais. Me voila confrontée pour la première fois à l’organisation désastreuse du système mais quelque chose me dit que ce n’est qu’un début.
Finalement au fur et à mesure de mes explications mon interlocutrice se radoucit, elle parait même presque accueillante maintenant. Comme quoi tout n’était pas perdu j’allais m’en sortir.
La jeune cadre m’a ensuite confirmée que j’allais voir des choses aussi variées qu’intéressantes. On me l’avait déjà dit et même envié mais à ce moment là je crois que j’avais compris que ce stage passionnants allait avoir une contre parti négative au niveau organisation-intégration.
J’ai pu à mon grand étonnement avoir mon mot à dire sur mon emploi du temps des semaines à venir. Je crois avec le recul qu’elle était un peu perdue et ne savait pas plus que moi quand je devais venir. Je ne viendrais donc pas le weekend mais 4 jours de suite en semaine,et cela trois fois de suite.
20h45 :
J’arrive comme convenue par la porte des vestiaires. Personne ne semble prêter attention à mon arrivée. Je rentre donc dans un couloir après avoir traversé de multiples portes et demande à la première venue quelle tenue je dois revêtir pour pouvoir espérer franchir la porte des vestiaires. Les petites tailles sont en rupture de stock. Je trouve une tunique 44 qui fera l’affaire. Il faut ensuite mettre une sorte de foulard en papier bleu ciel sur les cheveux, des sur chaussures et un masque. Me voilà déguisée en parfaite petite chirurgien. J’avoue qu’a se moment la je me suis accordée un petit moment de fierté. Quel drôle d’impression dans le miroir, mais pas le temps de rêvasser ! Je me désinfecte les mains, me voilà enfin dans le fameux « bloc-urgences »
Une armée de stroumfs verts sont en pleine discutions. J’arrive au moment des fameuses transitions entre l’équipe de l’après midi et celle de la nuit. La nuit s’annonce chargée mais mon peu d’expérience en la matière ne me permet pas encore de le réaliser. Pourtant j’ai bien remarqué Le tableau blanc griffonné de multiples noms barbares dans une écriture pressée. Soit dit en passant il ressemble étrangement à celui de grey’s anatomy pour ceux à qui ça évoquerait quelque chose. Il faut bien comparer les cultures ! A côté trois téléphones sont accrochés au mur, un noir qui sonne sans arrêt les appels proviennent des différents services, un rouge qui ne sonnera jamais en ma présence, et un noir qui lui par sa sonnerie bien particulière annonce l’arrivée peu réjouissante d’un SAMU.
Je ne sais pas ou aller, à qui me présenter, m’adresser dans ce service trop agité. D’ailleurs à qui dois- je m’adresser, aux infirmières, je ne sais pas les distinguer des autres, nous sommes tous vêtus de la même façon de l’aide soignante au chirurgien.
Puis on me remarque, me demande précipitamment qui je suis et me montre un homme qui s’est planté un clou au bout de l’index en bricolant. Drôle de présentation hors du contexte. On m’incite à aller voir la scène de plus près. Les chirurgiens ne l’enverront pas en salle d’opération mais vont lui enlever sur place dans ce qu’ils appellent la salle d’induction. En effet j’apprendrais plus tard à connaitre les différentes parties du service.
Le bloc des urgences comporte quatre salles opératoires, avec une salle de désinfection
avec les lavabos de stérilisation, tout le, matériel de préparation du chirurgien. plan_bloc
Dans chaque salle se trouvent une table d’opération bien sur en cuire noir avec des extensions ajustables en fonction de la parties à opérer, qui on des noms très poétiques du genre « aile de merle. »
Au dessus trônent deux énormes lampes modulables et un nombre incalculable de matériel sous poches stériles sont minutieusement rangées dans des chariots.
Il y a ensuite la salle d’induction, salle ou on fait patienter les malades, interroges, rassure et souvent même endort.
Puis une salle de réveil, lieu de récupération suite à l’opération, transitoire entre le bloc et la chambre.
Ensuite on trouve une salle de déchoquage ou arrivent généralement les « SAMU » qui ne passent pas par les boxes des urgences mais arrivent directement au bloc. C’est ici que l’on mesure leur état traumatique, et pratiquent éventuellement les premiers soins d’urgence.
Enfin il y a un office, bureau du personnel, et une salle de repos, plus ou moins chargée en fonction de l’intensité du travail de la nuit. On y trouve un frigo et un micro onde clandestins car le personnel des blocs n’est pas censé y manger même quand ils y travaillent une garde d’affilé c'est-à-dire dix à douze heures de suite.
Parlons un peu du personnel :
· les aides soignantes :commençons par elles, considérées quasiment comme le dernier maillon de la chaines, elle abattent pourtant un travail considérable .Au nombre de 2 pendant les nuits, elles sont chargées de l’entretient des locaux, de la remise en route des salles d’op et de l’entretient du matériel.
C’est avec elles que j’ai eu les meilleurs contacts pendant mon stage. Il faut dire que c’est vraiment elles qui « se prennent le moins la tête », c’est vrais qu’elles ne font pas un travail passionnant, alors elles sont contentes de discuter un peu avec toi et de te raconter le fonctionnement du lieu, les manies de l’équipes, même les ragots les plus juteux. Mais en réalités elles en savent beaucoup plus que leur fonction n’en demande et le manque de personnels leur font réaliser des actes qui dépassent normalement leurs taches à accomplir. Elles sont donc très chaleureuses et de vrais source de connaissances !!
· Les infirmières, au bloc on en trouve plusieurs catégories :
-les infirmières de blocs dites « panseuses » ou «IBOD », elles assistent les chirurgiens dans les blocs leurs passent le matériel souvent en stérile.
-les infirmières anesthésistes « IAD »
-les infirmières de salles de réveille
La plupart sont très sympas mais il règne entre elles une ambiance très « commérage entre bonne femme ». Et c’est avec elles que la hiérarchie et tous ses défauts de met en place, on se tire dans les pattes mais quand il faut se liguer contre l’interne alors là toute la compagnie ne fait plus qu’une. Il faut dire qu’elles on souvent bien raison, et qu’elles finissent s’acharnent à leur inculquer les règles de bienséance à ces pseudo médecins. Mais elles arrivent souvent bien trop tard !!
· tous les étudiants
De l’étudiant infirmier à l’interne, déjà quasiment médecin, en passant par toutes les années de médecine et formations particulières.
Les internes, il y a deux catégories : celui qui se fait un plaisir de répondre à tes questions, qui est passionné par ce qu’il fait, et qui négocie avec les infirmières, lesquelles il le sait en savent parfois plus que lui.
Et celui qui, de toute manière, il le sait sera plus tard en haut de l’échelle, et en oublie donc le côté « humain » que requière son métier. (celui qui à la ligue anti-interne des infirmières derrière lui. )
30 août 2007
petite opération pour premier grand plongeon
Ma première opération: Étant affectée au bloc des urgences, j’ai assistée à ma première opération dés le premier jour. Il s’agissait d’un bébé de 8 mois qui est arrivé avec une plaie au doigt. (c’est d’ailleurs aux urgences que l’on se rend compte du nombre de doigts d’enfants qui se coincent chaque jour dans des portes: impressionnant. Ce petit bout arrive donc dans sont lit d’hôpital miniature et je décide de l’accompagner au bloc. Les infirmières l’installent. Le bébé sous l’effet des tranquillisants est jusque là étonnamment calme. Mais le transfert sur la table le réveil soudainement, et l’anesthésiste reçoit plusieurs coups de pieds avant d’arriver à trouver une veine dans le pied du gamin, qui, en plus de ça, à le malheur d’être bien grassouillet, ce qui ne facilite pas la tâche: plus l’anesthésiste est rouée de coups, plus elle s ‘énerve, plus elle trifouille l’aiguille dans la cheville du bambin qui de douleur gesticule de plus belle. Je suis même embauchée pour essayer de le retenir. Deux infirmières et moi pour 1m à peine…Jusqu ‘au moment ou exaspéré elle enfonce l’aiguille je ne sais comment et envoie d’un coup de seringue le liquide laiteux, dans la veine. Les quatre membres en folie tombent brusquement et lourdement de chaque coté de la table en cuir. Il dort, son visage est aussi paisible que si sa maman venait de plus chanter une chanson douce, surprenant! Musclée comme première anesthésie! Plus c’est le moment de l’installation, je ne pensais pas qu’il y avait un protocole aussi compliqué!On le déshabille complètement puis l’attache à la table, (oui heureusement qu’on est endormi et qu’on ne le sait jamais…enfin maintenant ,si vous le saurez. Désolé!).Puis l’infirmière lui enlève le pansement qu’ on lui avait précipitamment fait et qui recouvre toute sa main. Là en général c’est le moment de suspens de l’opération : que va-t-on découvrir dessous? La dernière phalange de l’index ne tient plus qu’à un fil. Un demi centimètre de chaire ensanglantée qui de fait la malle et laisse apparaître le bout de l’os. Bizarrement, égoïstement, mais heureusement, moi qui appréhendais ma réaction, on ne pense pas à la douleur qu’a pu ressentir l’enfant, ni à la réaction de ses parents, ni « ah c’est dégueulasse », mais comme par magie, l’ambiance du bloc fait que l’ on ne pense plus que « technique». « Mais comment l’interne qui vient d’entrer, il a l’air si jeune( non ça c‘est autre chose), va-t-il s’y prendre pour redonner forme à cet index en bouillie? » Cette façon de penser parait peu importante quand il ne s’agit que d’un doigt blessé sans conséquences lourdes, mais prend toute son importance quand il s’agit d’un prélèvement d’organe, ou de l’opération d’un tétraplégique. Voilà toute la difficulté de ces métiers: passer de la déshumanisation la plus complète pour se protéger sois, se débarrasser de tous ces sentiments qui vous blesses et vous déconcentrent, à tout l’humanisme nécessaire pour faire le mieux pour ces patients qui vous livrent toute leur intimité et mettent toute leur confiance, leur vie parfois entre vos mains. Après que l’infirmière ai désinfecté selon un protocole bien particulier toute la main de l’enfant, l’interne a recousu le doigt sous mon regard impressionné. Il m’a expliqué qu’il lui avait enlevé l’ongle pour recoudre mais l’avait ensuite repositionné pour que le suivant puisse pousser à nouveau correctement.
23 septembre 2007
le wei
Les week-end d’intégration sont communs.
Tout école à le sien. Bizutage, coutumes, cérémonies et beuveries en tous genres.
Mais le notre... il a quelque chose de particulier!!
Entrer en médecine… Des années de rêves, des heures de souffrances, des milliers de questions. Mais quand on y est tout va soudain si vite. Du jour au lendemain, nous ne sommes plus les mêmes. Nous réalisons que nous allons devenir ceux que l’on enviait tant, ceux que l’on admirait. Mais en réalité les heures de labeur la tête dans les bouquains ne nous ont pas réparées à assumer ce que nous somme en passe de devenir. Les responsabilités, le poids des jugements, l’intrusion dans la vie des gens, le pouvoir de vie et de mort, l’annonce de la condamnation à mort. Tout d’un coup ces études qui nous paressaient si longues, il y a quelques mois, nous semblent bien réticules. Dans cinq ans, dès maintenant même, nous devons assumer, assurer. Nos erreurs seront graves, nos émotions seront fortes, nos responsabilités écrasantes. Les autres, nos maîtres, nos paires seront précieux!
Il y a quelque chose de magique, obtenir ce laisser passer, c’est entrer dans un monde, un univers pleins d’histoires, de légendes, de coutumes qui vous happent. Un univers qui s’est construit dans l’intimité de ces gens qui vont toute leur vie partager les mêmes émotions et qui ne pourront se passer les uns des autres pour avancer, pour supporter, pour apprendre, pour se remettre ne question.
Là est, je pense, l’explication de cette ambiance si particulière qui accompagne les éudes de médecine.Ces fêtes dégantées, après les journées pleines d'émotions, cet humour un peu cru, pour dédramatiser, l'alcool pour oublier.
Voilà une petite entrevue de notre initiations aux coutumes carabines. Week end très agréable, plein de rencontres et de rires.
Dès le jour des choix, la couleur était annoncée. WEI (week end d’intégration prévu pour le premier week-end de septembre. Les responsables nous on déjà ciblés chacun à un costume qui lui correspond. 180 costumes différents , beaucoup d’imagination
Mercredi
Monopoly dans les rues de Nantes en tenue de stage, les gens sont un peu surpris mais plutôt généreux: bilan de l’après midi 2400 euros de récoltés. Heureusement ils ont une bonne image globale des médecins. D’ailleurs ceux qui ont bien été soignés donnait plus. C’est prouvé
la BITE brigade de 3eme année nous attend de pied ferme bien décidé a nous en faire voir de toutes les couleurs
Une fois tout le monde réunis, les groupes concurrents formés nous voilà partis pour un petit défilé dans les rues de Nantes ou les rares passants se demandaient un peu de quel carnaval il sagissait.

Puis départ en car vers brétignoles, jeux en tout genres ( mais je ne dévoilerais pas les secrets pour les prochains) et soirée de folie.
Le lendemain fut plus laborieux, mais je crois que nous sommes tous repartis pleins de bons souvenirs.
24 septembre 2007
vidéo
http://www.youtube.com/watch?v=YJpwxejzCd0 partie 2
http://www.youtube.com/watch?v=vome-FLD2Fo partie 1
Voilà un film réalisé par deux étudiants en toisième année l'année dernière. Je le trouve très représentatif vous me direz ce que vous en pensez.
26 septembre 2007
stage été ( suite)
premier contact avec la mort
J’appréhendais, quelque peu ce premier contact. En effet c’est bête à dire mais je n’avais jamais vu un cadavre. Ni enterrement, ni accident, tant mieux, mais quand on fait des études médicales un jour il faut s’y résoudre.
Cet homme ne dormait plus et ça se voyait. La blancheur des lumières du bloc opératoire ne suffisait pas à atténuer la couleur jaunâtre de son teint. Il n’avait pas encore pris cette teinte grise caractéristique à la mort, mais portait sur son corps dénudé tous les stigmates d’une atteinte hépatique, qui avait sans doute causée sa mort prématurée.
Une longue cicatrice séparait symétriquement thorax et abdomen. Son corps pourtant soigneusement reconstruit paraissait déformé. La cage thoracique était plus proéminente, le ventre plus creux. Il était vidé de ses organes. Plus de foie, de reins, de cœur qui trônaient désormais dans les glacières bleues qui jonchaient le sol.
Des infirmières s’afféraient machinalement autour du corps avec des gestes tellement répétés, sans laisser transparaître aucune émotion, que la scène semblait soudain naturelle, presque habituelle. La vie continuait autour de cet être inanimé.
La mort qui fait peur, la mort qui rend triste, la mort tabou, la mort à travers le regard des proches, je l’ai peu vu. Alors elle ne m’a pas troublée plus que ça, finalement.
tristesse
Je n’y ai pas été confrontée directement, dans le sens ou je n’ai pas vu les proches des victimes du bloc opératoire qui attendaient à l’extérieur, les nouvelles trop rares apportées par l’anesthésiste de garde.
J’en ai pourtant observées deux, et ce sont peut-être les moments les plus « durs » de mon stage.
Le premier, c’est l’annonce plus ou moins directe d’un chirurgien à un jeune homme, de sa paraplégie. Le chirurgien explique brièvement à l’homme qu’il a des vertèbres cassées et qu’il faut l’opérer. Ce dernier demande s’il pourra retrouver l’usage des ses jambes. La réponse est vague, il fond en larme, il a compris.
Le second, c’était dans les boxes des urgences. Ce soir là l’infirmière fait le tour des boxes dont elle est responsable et en profite pour me présenter les différents cas. Aucun des patients ne semble avoir une maladie encore bien définie, mais une personne suscite toutes les interrogations.
Elle est arrivée vaguement consciente, mais a à présent un Glasgow très faible (cela signifie en gros qu’elle s’enfonce dans le coma). Ce patient a des antécédents lourds.
Tout au long de la nuit l’équipe essayera de trouver la raison exacte de la dégradation de son état sans succès.
C’est la première fois que j’ été confrontée à la réaction des proches d’un patient dans un état grave.
« il ne dort plus pas vrai?» les larmes qu'elle retenait à grand peine depuis tant de temps ne purent s’empêcher de rouler sur son visage blême.
les dissections
Le bizutage continue. Après la première opération, le premier contact avec la mort, le week-end d’intégration, la première incision.
Ce matin là, les visages étaient crispés et dans les regards, on pouvait lire un mélange d’appréhension et de curiosité face à l’inconnu. Personne n’avait encore oser gravir les deux étages qui mènent au laboratoire d’anatomie. Les étudiants semblaient attendre que quelque chose se produise. Mais rien d’inhabituel n’arriva ce matin là. Le flot de P1 défilait inlassablement sur le trottoir, les plus vieux rentraient dans le hall d’un pas nonchalant après avoir écrasé celle qui serait là dernière cigarette de la matinée. La pluie tombait, le ciel était gris comme à l’accoutumée, à Nantes, les matins de septembre.
Plus que dix minutes, il allait s’y résoudre.
L’odeur qui inondait le couloir, semblait leur avoir ôté tout moyen de communication. Pendant que certains cherchaient à présent un moyen d’échapper à l’exercice, d’autre tentaient de se remémorer les cours d’anatomie qui à présent leur paraissaient bien loin, d’autres enfin essayaient d’imaginer l’allure de ceux qu’ils allaient rencontrer.
La porte s’ouvrit. Puis au fur et à mesure que l’assistant de
laboratoire égrainait les noms chacun entrera dans la pièce.
Elle était très sombre. De lourds rideaux noirs pendaient aux fenêtres.
L’architecture de la salle ressemblait étrangement à celle d’une salle de classe ordinaire mais qui aurait dépéri avec les années : à droite, un grand tableau d’ardoise recouvrait le mur, au fond une drôle de bibliothèque abritait de nombreux manuels et bibelots d’origine énigmatique.
Mais à la place des tables de cours, trônaient de larges tables noires en marbre. Sur chacune, une bâche noire ne laissait dépasser que les pieds et les mains de ce qui attirait maintenant toutes les attentions. Les membres étaient fripés et d’une blancheur, extrême. Aperçu qui ne laissait rien préjuger de très rassurant.
Tout le monde reçu l’ordre de s’habiller et de se répartir aux différents postes.
En moins d’une minute, la scène était posée:
Six cadavres : trois hommes, trois femmes, étaient découverts, leur nudité laissait apparaître des corps métamorphosés par la mort. Une mort qui avait frappé, il a plusieurs mois, des années peut être.
A présent, ils étaient là, grâce au pouvoir du formol, racornis, secs, raides, gris, glaciales. Seul leurs têtes échappaient à cet étalage, cachées dernière des turbans blancs qui ne permettaient de deviner que des formes.
On n'aperçoit, le plus souvent des vivants que l’on croise, que leurs têtes, le reste est caché sous les vêtements qui laissent au passant tout le soin d‘imaginer ce qu‘ils dissimulent. L’image qu’il me reste aujourd’hui, l’image qui me vient à l’esprit quand on parle d’un mort et l’inverse, celle d’un corps qui ne laisse rien supposer, surtout pas son état, surmontée d’une tête sans contours, qu’il ne vaut mieux pas tenter de se dessiner.
Quatre blouses blanches en herbe par cadavre autour des néons qui éclairaient chaque table et l’exercice commença. Chacun muni de son bistouri et de sa pince, commença à étudier le sujet. D’abord avec beaucoup de précautions, de réserves puis avec de plus en plus d’assurance. D’abord sans y mettre les doigts, puis un première effleurement, une sensation glacée, puis tous les doigts, pour maintenir la peau. Très concentrés, minutieux et absorbés par la recherche de multiples structures anatomiques, les étudiants en avaient presque déjà oubliés le contexte.
Ce n’est qu’environ une heure après la première incision, que les esprits se dissipèrent. Les muscles maintenant bien atteints commençaient à ressembler à des charognes déchiquetées. L’odeur se fesait plus forte maintenant que les corps se réchauffaient et le formol qui coulait des nombreuses veines malenconteusement sectionnées, par les scalpel non expérimentés, brûlait les yeux.
L’annonce de la fin de séance ravit tout le monde, qui non sans s’être lavé les mains, au moins trois fois, quitta la salle sans traîner. L’odeur elle ne partit pas si vite de leur narines.
La matinée du lendemain, fut encore plus laborieuse. La curiosité passée, il ne restait plus que le dégoût de retrouver ces cadavres à moitiés entamés. L’odeur était devenue encore plus insoutenable, la nuit passée hors du « frigo » avait permis à l’odeur de mort de supplanter celle du formol.
Ils étaient à présent sur le ventre. Le nôtre, comme si cela ne suffisait pas, paraissait « moins mort » de ce côté. La peau était plus souple, il y avait encore du sang dans ses muscles. L’espace d’un instant je me suis surprise à imaginer qu’il puisse bouger.
Malgré la description un peu glauque que j’en fais, je n’ai pas été choquée, ni profondément dégoûtée par ces dissections. Une fois la surprise passée on se fait assez bien au contexte comme je l’explique.
Mais l’odeur c’est vrai est tenace.
En revanche, j’ai quand même dû être un peu marquée par ça parce que ça fait une semaine que la mort hante mes rêve. Je ne revois pas les dissections, mais je fais des rapprochements entre ce qui se passe le jour avec mes proches et la mort et ça c’est davantage troublant! Voilà je pense que j’ai la chance d’avoir pu réaliser cette expérience unique, qui n’est pas donnée à tout le monde (enfin tout le monde n’en veut pas non plus), et elle fut très enrichissante anatomiquement parlant.

















