premier contact avec la mort

mortJ’appréhendais, quelque peu ce premier contact. En effet c’est bête à dire mais je n’avais jamais vu un cadavre. Ni enterrement, ni accident, tant mieux, mais quand on fait des études médicales un jour il faut s’y résoudre.

Cet homme ne dormait plus et ça se voyait. La blancheur des lumières du bloc opératoire ne suffisait pas à atténuer la couleur jaunâtre de son teint. Il n’avait pas encore pris cette teinte grise caractéristique à la mort, mais portait sur son corps dénudé tous les stigmates d’une atteinte hépatique, qui avait sans doute causée sa mort prématurée.

Une longue cicatrice séparait symétriquement thorax et abdomen. Son corps pourtant soigneusement reconstruit paraissait déformé. La cage thoracique était plus proéminente, le ventre plus creux. Il était vidé de ses organes. Plus de foie, de reins, de cœur qui trônaient désormais dans les glacières bleues qui jonchaient le sol.

Des infirmières s’afféraient machinalement autour du corps avec des gestes tellement répétés, sans laisser transparaître aucune émotion, que la scène semblait soudain naturelle, presque habituelle. La vie continuait autour de cet être inanimé.

La mort qui fait peur, la mort qui rend triste, la mort tabou, la mort à travers le regard des proches, je l’ai peu vu. Alors elle ne m’a pas troublée plus que ça, finalement.