Ma première opération:

Étant affectée au bloc des urgences, j’ai assistée à ma première opération dés le premier jour.

Il s’agissait d’un bébé de 8 mois qui est arrivé avec une plaie au doigt. (c’est d’ailleurs aux urgences que l’on se rend compte du nombre de doigts d’enfants qui se coincent chaque jour dans des portes: impressionnant.

Ce petit bout arrive donc dans sont lit d’hôpital miniature et je décide de l’accompagner au bloc.

Les infirmières l’installent. Le bébé sous l’effet des tranquillisants est jusque là étonnamment calme. Mais le transfert sur la table le réveil soudainement, et l’anesthésiste reçoit plusieurs coups de pieds avant d’arriver à trouver une veine dans le pied du gamin, qui, en plus de ça, à le malheur d’être bien grassouillet, ce qui ne facilite pas la tâche: plus l’anesthésiste est rouée de coups, plus elle s ‘énerve, plus elle trifouille l’aiguille dans la cheville du bambin qui de douleur gesticule de plus belle. Je suis même embauchée pour essayer de le retenir. Deux infirmières et moi pour 1m à peine…Jusqu ‘au moment ou exaspéré elle enfonce l’aiguille je ne sais comment et envoie d’un coup de seringue le liquide laiteux, dans la veine.

Les quatre membres en folie tombent brusquement et lourdement de chaque coté de la table en cuir.

Il dort, son visage est aussi paisible que si sa maman venait de plus chanter une chanson douce, surprenant!

Musclée comme première anesthésie!

Plus c’est le moment de l’installation, je ne pensais pas qu’il y avait un protocole aussi compliqué!On le déshabille complètement puis l’attache à la table, (oui heureusement qu’on est endormi et qu’on ne le sait jamais…enfin maintenant ,si vous le saurez. Désolé!).Puis l’infirmière lui enlève le pansement qu’ on lui avait précipitamment fait et qui recouvre toute sa main. Là en général c’est le moment de suspens de l’opération : que va-t-on découvrir dessous?

La dernière phalange de l’index ne tient plus qu’à un fil. Un demi centimètre de chaire ensanglantée qui de fait la malle et laisse apparaître le bout de l’os.

Bizarrement, égoïstement, mais heureusement, moi qui appréhendais ma réaction, on ne pense pas à la douleur qu’a pu ressentir l’enfant, ni à la réaction de ses parents, ni « ah c’est dégueulasse », mais comme par magie, l’ambiance du bloc fait que l’ on ne pense plus que « technique». «  Mais comment l’interne qui vient d’entrer, il a l’air si jeune( non ça c‘est autre chose), va-t-il s’y prendre pour redonner forme à cet index en bouillie? » Cette façon de penser parait peu importante quand il ne s’agit que d’un doigt blessé sans conséquences lourdes, mais prend toute son importance quand il s’agit d’un prélèvement d’organe, ou de l’opération d’un tétraplégique.

Voilà toute la difficulté de ces métiers: passer de la déshumanisation la plus complète pour se protéger sois, se débarrasser de tous ces sentiments qui vous blesses et vous déconcentrent, à tout l’humanisme nécessaire pour faire le mieux pour ces patients qui vous livrent toute leur intimité et mettent toute leur confiance, leur vie parfois entre vos mains.

Après que l’infirmière ai désinfecté selon un protocole bien particulier toute la main de l’enfant, l’interne a recousu le doigt sous mon regard impressionné. Il m’a expliqué qu’il lui avait enlevé l’ongle pour recoudre mais l’avait ensuite repositionné pour que le suivant puisse pousser à nouveau correctement.